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Zoning et aménagement intérieur : une méthode pour concevoir un espace qui vous ressemble


Lorsqu'on réfléchit à l'aménagement intérieur d'une maison ou d'un appartement, la première idée consiste souvent à dessiner les pièces. Où placer la cuisine ? Quelle surface donner au salon ? Où installer les chambres ?


Pourtant, je commence rarement par là.


Avant de dessiner des murs et de répartir des mètres carrés, j'essaie d'abord de comprendre le lieu, ses contraintes et surtout la manière dont mes clients vont réellement l'utiliser. C'est dans cette réflexion que j'utilise ce que j'appelle le zoning.


Je précise d'emblée mon positionnement : je suis dessinateur en architecture, et non architecte ou architecte d'intérieur. Je n'interviens donc pas en revendiquant ces titres ni leurs missions spécifiques. Mon travail consiste ici à apporter une analyse, une expérience du bâtiment et une mise en plan permettant à mes clients de réfléchir plus concrètement à leur projet d'aménagement intérieur.


La méthode que je vais présenter n'a rien de révolutionnaire. Je ne prétends d'ailleurs pas avoir inventé le zoning. En revanche, j'ai développé au fil de mes projets une manière de l'utiliser qui m'aide à passer d'une liste d'envies à un projet réellement adapté au quotidien de ses occupants.



Le zoning : ne pas dessiner les pièces trop vite


Dans mon approche, le zoning ne consiste pas à dessiner immédiatement des « patates » représentant une cuisine, un salon, une chambre ou une salle de bains.


Je préfère commencer par cartographier les contraintes et les possibilités du bâtiment.


Certaines sont liées à l'urbanisme : emplacement des fenêtres, vis-à-vis, retraits, hauteurs ou possibilités de modification des ouvertures. D'autres sont géographiques : orientation nord-sud, ensoleillement, accès au jardin, voisinage, murs aveugles ou arrivée des véhicules.


Il faut également intégrer les contraintes techniques : murs porteurs, réseaux existants, emplacement des évacuations, importance des travaux envisageables et, évidemment, budget disponible.


Enfin viennent les contraintes les plus personnelles : où mange-t-on ? Reçoit-on régulièrement ? Quelle pièce doit être privilégiée ? Les enfants ont-ils besoin d'un espace indépendant ? Quelle importance accorde-t-on à une grande baie vitrée, à une cuisine ouverte ou à une chambre isolée ?


Toutes ces informations permettent de définir des zones dans lesquelles certaines fonctions peuvent trouver leur place.


C'est une distinction importante : je ne cherche pas d'abord à faire entrer une pièce dans une forme dessinée ; je cherche à déterminer où une fonction peut raisonnablement s'installer.


Les pièces viennent ensuite.


Elles doivent composer avec le bâtiment réel, ses dimensions, ses contraintes et la façon dont leurs occupants vont vivre dedans.


Cette première étape permet également de faire apparaître les incompatibilités. Parfois, deux envies sont parfaitement légitimes mais ne peuvent tout simplement pas coexister dans l'espace disponible. Il vaut mieux le découvrir sur le plan que pendant les travaux.




Un premier plan… puis une deuxième lecture


Après ce premier échange, je réalise généralement un plan qui rassemble les différentes contraintes et les solutions possibles.


Je privilégie souvent une proposition plutôt que cinq variantes. Dans un projet d'aménagement, le nombre de paramètres à respecter est tellement important que multiplier les plans peut rapidement donner l'impression d'avoir le choix alors que certaines solutions sont objectivement moins pertinentes.


Le premier plan doit donc résoudre un maximum de problèmes.


Mais il lui manque parfois quelque chose.


Il peut être parfaitement logique sur le papier et pourtant ne pas encore donner l'impression d'un lieu dans lequel on a envie de vivre.


C'est à ce moment qu'intervient une seconde étape de ma méthode : le cheminement.






Le cheminement : dessiner la vie plutôt que les murs


Un plan représente des murs, des portes, des meubles et des surfaces. Il représente beaucoup moins bien les habitudes de ceux qui vont les utiliser.


Le cheminement consiste justement à remettre le quotidien au centre de la réflexion.


Comment entre-t-on dans la maison le matin ? Où pose-t-on ses affaires ? Quel trajet fait-on entre la chambre et la salle de bains ? Comment accède-t-on à la cuisine ? Où passe-t-on lorsqu'on rentre les courses ?


Et surtout : ces parcours ne sont pas forcément les mêmes selon les personnes.


Je peux par exemple distinguer le cheminement quotidien des occupants, celui réalisé lorsqu'on reçoit la famille et celui correspondant à la présence d'amis.


Cette distinction peut sembler anodine, mais elle fait apparaître des informations très intéressantes sur les degrés d'intimité.


Les occupants doivent évidemment pouvoir accéder à leur chambre. Les petits-enfants pourront peut-être accéder à certaines chambres ou à la salle de bains. Les amis, eux, n'ont pas nécessairement vocation à traverser toute la partie privée de la maison pour aller aux toilettes.


Ces parcours permettent donc de travailler la séparation entre espaces publics, semi-privés et privés, mais aussi de réfléchir aux circulations sans transformer systématiquement le logement en succession de couloirs.


Le cheminement est finalement une manière de faire passer le projet d'une représentation géométrique à une représentation vivante.




Les curseurs : toutes les contraintes n'ont pas la même importance


C'est probablement la partie la plus personnelle de ma méthode.


J'aime comparer le projet à une table de mixage, comme celle que l'on pourrait trouver dans un studio d'enregistrement.


Lors de la première phase, je cherche à identifier tous les curseurs. La lumière naturelle, l'ouverture sur le jardin, l'intimité, la taille de la cuisine, la circulation, la possibilité de recevoir, le budget, les travaux structurels… Rien ne doit être oublié.


Mais tous ces curseurs ne doivent pas être placés au même niveau.


Pour certains clients, avoir une grande cuisine ouverte est essentiel. Pour d'autres, ce sera une chambre parfaitement isolée du reste de la maison. Certains privilégieront la lumière du matin, d'autres la vue sur le jardin ou la possibilité de recevoir dix personnes à Noël.


La deuxième phase consiste donc à hiérarchiser les priorités.


C'est ici que le projet devient véritablement personnel.


Une contrainte peut être incontournable. Une autre peut être négociable. Une troisième peut finalement être abandonnée si elle permet de préserver quelque chose de plus important.


Une fois ces curseurs équilibrés, il reste à effectuer les petits réglages : déplacer une porte, modifier une circulation, ajuster une cloison ou déplacer légèrement une fonction.


Le projet commence alors à « sonner juste ».





« Choisir, c'est renoncer »


Mon formateur, Raphaël Duquesne, designer d'espace et directeur artistique, m'a transmis très tôt une phrase qui résume assez bien cette étape : « Choisir, c'est renoncer. »


La formule est généralement attribuée à André Gide.


Elle prend tout son sens dans un projet d'aménagement intérieur.


Un client arrive parfois avec beaucoup d'envies : une grande cuisine, une suite parentale, un bureau, une chambre supplémentaire, une immense pièce de vie, une ouverture sur le jardin… Tout cela peut être parfaitement cohérent individuellement.


Le problème apparaît lorsque toutes ces envies doivent tenir dans un bâtiment qui, lui, ne peut pas pousser les murs.


Il faut alors choisir.


Et choisir signifie nécessairement abandonner certaines possibilités.


Ce moment demande beaucoup de tact. Il ne s'agit pas de dire au client que son idée est mauvaise, mais de lui montrer les conséquences de chaque choix. Une cloison déplacée peut améliorer une circulation mais réduire une chambre. Une grande cuisine peut rendre nécessaire la suppression d'un espace de rangement. Une ouverture supplémentaire peut apporter de la lumière mais modifier une façade ou créer une contrainte réglementaire.


Le rôle de l'accompagnement est alors de rendre ces arbitrages compréhensibles.


C'est également pour cette raison que je considère que le travail d'analyse réalisé en amont possède une vraie valeur, même lorsque le projet n'aboutit finalement pas. Identifier qu'une idée est incompatible avec les contraintes du bâtiment peut éviter au client de s'engager dans une direction qui aurait été beaucoup plus coûteuse à remettre en question quelques mois plus tard.



Le dernier plan doit appartenir au client


Après le zoning, les cheminements et la hiérarchisation des priorités, le projet arrive généralement à une phase beaucoup plus concrète.


Le plan présenté au client n'est plus seulement une réponse technique.


Il devient une proposition dans laquelle il peut commencer à se projeter.


C'est à ce moment que les échanges deviennent souvent plus simples. Les choix sont désormais compréhensibles parce qu'ils correspondent à des besoins identifiés ensemble. Quelques modifications sont encore nécessaires : déplacer une porte, modifier une cloison, revoir un meuble ou ajuster une circulation.


Ces allers-retours sont importants.


L'objectif n'est pas que le client accepte simplement « mon » plan. C'est qu'il puisse progressivement s'approprier le sien.


Au final, un bon aménagement intérieur ne consiste pas uniquement à optimiser des mètres carrés. Il consiste à faire correspondre un bâtiment existant avec la manière dont ses occupants souhaitent réellement y vivre.


C'est précisément ce qui m'intéresse dans ce travail de dessinateur en architecture : partir d'un bâtiment, de contraintes parfois très concrètes et d'une multitude d'envies, puis transformer tout cela en une représentation suffisamment claire pour permettre de prendre de bonnes décisions.


Et cette méthode de zoning des contraintes mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde davantage. Comment déterminer précisément les zones ? Comment les faire se superposer avec les fonctions d'un logement ? Comment arbitrer lorsqu'elles se contredisent ?


Ce sera probablement le sujet d'un prochain article.






Vous avez un projet de rénovation ou d’aménagement intérieur et vous ne savez pas par où commencer ?


Avant de dessiner les pièces, il est essentiel de comprendre le bâtiment, ses contraintes et surtout la manière dont vous souhaitez réellement l’utiliser au quotidien.


Orientation, lumière, circulations, ouvertures, contraintes techniques, espaces de vie ou encore possibilités d’évolution : chaque élément doit être pris en compte pour construire un projet cohérent.


En tant que dessinateur en architecture, j’utilise le zoning pour analyser ces différents paramètres, hiérarchiser les priorités et traduire vos besoins en plans clairs et exploitables.


L’objectif n’est pas simplement d’optimiser des mètres carrés, mais de concevoir un aménagement adapté au bâtiment existant et à la façon dont vous souhaitez y vivre.






 
 
 

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